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La richesse en quelques mots

La richesse est l'accès au bien-être. Il y au moins trois niveaux de richesse:

  1. La richesse qui s'échange: Nourriture, logement, services, temps, sont autant de richesses qui s'échangent. Nous sommes tous familiers avec la richesse qui s'échange -- c'est la chose dont nous avons envie ou besoin, les ressources pour lesquelles nous entrons en compétition. Les choses que nous pouvons échanger sont les produits ou les composants de systèmes.
  2. La richesse qui se mesure: Ma santé ne s'échange pas -- Je ne peux pas vous la donner. Je peux vous donner mon sang, ce qui est susceptible d'affecter nos deux santés, mais je ne peux donner ma santé elle-même. Elle est une propriété inhérente de mon corps. Cependant, vous pouvez mesurer ma santé de nombreuses façons objectives: les kilomètres que je suis capable de courir, ou le nombre de mes visites chez le médecin. Une autre chose qu'il n'est pas possible d'échanger est la capacité de production d'une usine. Je peux vous vendre les produits de l'usine, ou l'usine elle-même, mais pas sa capacité de production. Par contre, vous pouvez mesurer sa productivité en comparant ce qui en sort avec ce qui y rentre. De manière similaire, la santé d'une forêt ne s'échange pas. Sa diversité, sa capacité de régénération, etc., comme pour la santé du corps ou une capacité de production, peuvent être affectées et mesurées objectivement, mais elles ne peuvent être échangées. Corps, usines et forêts sont autant d'exemples de systèmes. Les choses que nous pouvons mesurer mais pas échanger sont les propriétés inhérentes d'un système.
  3. La richesse qui s'évalue intimement: L'amitié, la beauté, la liberté, la politesse, l'intégrité, la réputation, etc. sont toutes des formes de richesse que l'on peut évaluer intimement. Elles ne sont ni échangeables, ni objectivement mesurables car leur impact n'est ressenti que subjectivement. Je peux avoir des amitiés de profondeur différente -- de la simple connaissance au meilleur ami --, et cependant je suis capable d'établir entre elles une différence qualitative, différence qui n'est pas pas mesurable sur une échelle autre qu'intime. Il s'agit davantage d'une différence de qualité dans la relation entre un système (moi) et deux autres systèmes (ma connaissance, et mon meilleur ami). De manière similaire, ma réputation professionnelle provient de mes relations avec mes clients précédents. En tant que client potentiel, vous pouvez avoir une idée subjective de ma réputation en parlant à mes clients précédents, mais il n'y a pas de façon objective et standard d'effectuer votre choix. Ces choses que nous pouvons évaluer intimement, mais que nous ne pouvons mesurer ou échanger, sont les résonnances inter-systémiques.

Ces niveaux de richesse sont interdépendants. De nombreuses communautés sont pauvres en ressources, mais riches en santé et en culture, encore que ce ne soit possible que jusqu'à un certain point: jusqu'au point où le manque de ressources dégradera la santé et la culture. Les communautés qui sont riches en ressources, mais qui ne préservent pas leurs autres niveaux de richesse finiront par dégrader leur capacité à préserver leur richesse échangeable.

La reconnaissance de la richesse

Lorsque je troque une douzaine d'oeufs pour une livre de carottes, la prise en compte de la richesse transparaît dans l'acte de marchander: C'est là que nous déterminons combien de carottes pour combien d'oeufs. Quand je vous paye plutôt avec une pièce pour vos carottes (parce que vous ne voulez pas de mes oeufs), la pièce elle-même sert de reconnaissance au transfert de richesse. L'avantage est que ce gage de reconnaissance de la richesse, la pièce, est échangeable contre une autre forme de richesse, ailleurs dans la communauté. Et lorsque les communautés commencent à utiliser des billets comme gages de reconnaissance de la richesse à la place de métal précieux, le nombre   de transactions n'est plus limité par la quantité de métal disponible. Lorsque les communautés inventent les gages de reconnaissance de richesse dans le but d'investir, comme les certificats d'action vendus par les entrepreneurs, elles libèrent un peu plus le potentiel de croissance de la richesse.

Ces exemples montrent comment l'évolution des systèmes de prise en compte de la richesse prépare le terrain pour la croissance de la richesse. Ils montrent également comment les systèmes de reconnaissance de la richesse sont adoptés par les communautés pour réduire les risques inhérents aux transactions. Le troc n'est pas risqué, car la richesse est immédiatement échangée, mais que se passe-t-il si je n'ai pas besoin de vos carottes? Accepter un gage me permet de donner sans obtenir immédiatement de la richesse en retour, car je sais que je peux utiliser le gage pour obtenir de la richesse plus tard. Les actions et les obligations fonctionnent de manière similaire dans des cas de plus haut risque. Ainsi, les systèmes de prise en compte de la richesse évoluent en une spirale de rétroaction incluant cohésion sociale et confiance. Ils nécessitent un certain niveau de confiance et de cohésion pour fonctioner, mais ils génèrent une plus grande cohésion et une plus grande confiance, qui permettent de nouveaux systèmes de prise en compte de la richesse, et ainsi de suite.

Subventions, dotations, oeuvres de charité, et donations (ce que nous appelons la philantropie), sont autant d'efforts pour accroître la richesse que l'on peut mesurer ou évaluer intimement. Les organisations qui cherchent à accroître, dans les communautés, la richesse que l'on peut mesurer ou évaluer intimement, souffrent presque toujours d'un manque de monnaie. Pour accroître notre capacité à cultiver ces niveaux de richesse, nous avons besoin de systèmes de prise en compte de la richesse qui vont au-delà de la monnaie.

Pourquoi avons-nous besoin d'open money?

  1. La monnaie moderne est inefficace et inéquitable. Parce que les communautés ne peuvent créer leurs propres monnaies, elles sont redevables à quiconque a cette capacité, et sont fondamentalement sujettes à une forme de contrôle, tout comme les utilisateurs de pièces furent limités par la quantité disponible de metal précieux. Lorque les communautés peuvent créer leurs propres monnaies, elles n'ont pas besoin d'exporter leur propre richesse pour obtenir la monnaie nécessaire à leurs échanges. Eles peuvent sur le champ commencer à échanger, et exporter plus tard si tel est leur souhait.
  2. "L'argent ne fait pas le bonheur." La structure du système monétaire moderne est basé sur des hypothèses de compétition et de rareté de la ressource. Bien que ces hypothèses puissent s'appliquer à la richesse que l'on peut échanger, elles nous aveuglent quand nous les appliquons aux richesses que nous ne sommes capables que de mesurer ou d'évaluer intimement. Pour cultiver les types de richesse qui correspondent à une santé systémique globale et à des résonnances inter-systèmes, et auxquelles les hypothèses de rareté et de compétition ne s'appliquent plus, nous avons besoin d'un nouveau système de prise en compte de la richesse.
  3. Notre culture et notre planète tombent en morceaux. L'humanité est devenue si vaste et si complexe que les systèmes culturels qui autrefois préservaient la santé de nos communautés n'y arrivent plus désormais. De la même manière, l'impact de l'humanité sur l'écosystème planétaire va au-delà de la capacité des écosystèmes à s'auto-réparer. L'humanité doit assumer elle-même sa responsabilité, mais ne possède à présent ni outil ni capacité suffisante pour répondre au besoin d'action collective.

Comment fonctionne open money?

Vous chérissez ce que vous mesurez, et vous mesurez ce que vous chérissez. Open money fournit les outils pour implémenter cette maxime. Que devrions-nous chérir dans notre culture et sur notre planète que nous n'avions jusqu'à présent aucun moyen de mesurer?

Tout au long de l'histoire, la prise en compte de la richesse a évolué jusqu'à devenir plus abstraite et plus intangible. Open money suit ce même schéma en étant un méta-système de monnaie, et non juste un nouveau type de monnaie. Il permet la création de nombreux nouveaux types de monnaie. Il place la création de monnaie directement entre les mains des communautés, de manière à ce qu'elles puissent créer des systèmes de prise en compte de la richesse pour tenir registre de tous les types de richesse-- que l'on puisse l'échanger, la mesurer, ou l'évaluer intimement--, et ainsi elles peuvent créer un outil sur-mesure qui correspondra à leur propre besoin.

Open money permet de fournir une plate-forme unifiée pour les échanges autour de la prise en compte de ces différents types de richesse, de la même manière qu'Internet fournit une plate-forme unifiée pour l'échange de tous types d'information. De même que la grande avancée d'Internet fut de ne pas spécifier le type de données qui pourrait le traverser (à la différence du réseau téléphonique), la grande avancée d'open money réside dans l'absence de pré-définition concernant la forme de reconnaissance de la richesse que les gens devraient utiliser. A la place, il fournit les briques de construction de base pour que les communautés puissent créer elles-mêmes de nouveaux types de systèmes de prise en compte de la richesse.

Les communautés sont alors sur le champ capables d'utiliser open money pour des choses simples comme les Systèmes d'Echanges Locaux (SEL), les banques de temps, les réseaux de troc, les programmes de droits à l'émission de dioxyde de carbone, les coopératives de garde d'enfants, les systèmes de suivi de la réputation, les programmes de fidélisation commerciale, etc. Et, la cerise sur le gâteau apparaîtra lorque les communautés utiliseront leur créativité pour inventer de nouvelles monnaies qui résolvent des problèmes de reconnaissance de la richesse que nous n'avons pas même encore nommés.

De plus amples lectures

Ecrits de Michael Linton concernant open money (en anglais): openmoney.editme.com , openmoney.org et les LETS (version anglophone des SEL)

Intelligence collective et monnaie (en français): thetransitioner.org

Lecture autour de la notion de monnaie communautaire (en anglais): Société E. F. Schumacher